Guide de la transmission de patrimoine 2026
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La transmission de patrimoine est l’un des sujets les plus sensibles, et les plus mal anticipés, de la vie patrimoniale française. Entre la complexité du droit successoral, l’évolution constante de la fiscalité et la diversité des situations familiales, beaucoup d’épargnants découvrent trop tard que des outils simples auraient permis à leurs héritiers d’économiser plusieurs centaines de milliers d’euros de droits.
Ce guide est conçu pour vous donner une vision claire et exhaustive des mécanismes de transmission disponibles en droit français, des règles de calcul des droits, et des stratégies que nous mettons en œuvre chez Evergreen Patrimoine pour optimiser la transmission selon votre situation familiale et patrimoniale. La transmission se prépare ; les outils déployés tôt produisent des effets considérables dans le temps. Pour aborder le sujet dans une approche globale, notre page ingénierie patrimoniale détaille notre méthode.
Sommaire
- Les fondamentaux : succession, donation, abattements
- Le calendrier optimal : pourquoi anticiper change tout
- Les donations de son vivant
- Le démembrement de propriété
- L’assurance-vie : la pierre angulaire de la transmission
- Le pacte Dutreil : transmettre l’entreprise familiale
- La holding patrimoniale
- Tableau de synthèse des outils de transmission
- Stratégies selon votre situation familiale
- Foire aux questions
- L’accompagnement Evergreen Patrimoine
Les fondamentaux : succession, donation, abattements
Avant d’aborder les outils de transmission, il est essentiel de comprendre les règles fiscales qui encadrent toute opération de mutation à titre gratuit. Trois notions structurent l’ensemble : les abattements, le barème des droits, et le rappel fiscal des donations.
Le vocabulaire de la transmission
La donation est la transmission d’un bien de votre vivant à un bénéficiaire (enfant, conjoint, tiers). Elle est irrévocable sauf cas exceptionnels. La succession, elle, désigne la transmission au moment du décès, selon les règles légales ou les dispositions testamentaires. Les deux opérations relèvent fiscalement des droits de mutation à titre gratuit (DMTG), calculés selon un barème progressif après application d’abattements.
Le conjoint survivant et le partenaire de PACS sont totalement exonérés de droits de succession depuis la loi TEPA de 2007. La fiscalité successorale pèse donc principalement sur les transmissions vers les enfants, petits-enfants, frères et sœurs, et a fortiori vers les tiers.
Les abattements : la première arme du contribuable
Le législateur a prévu des abattements substantiels, applicables avant le calcul des droits. Les principaux abattements en vigueur en 2026 sont les suivants :
- 100 000 € par parent et par enfant, applicable à chaque donation ou succession en ligne directe. Cet abattement se reconstitue tous les 15 ans, ce qui ouvre la porte à des stratégies de donations échelonnées.
- 31 865 € pour les dons familiaux de sommes d’argent, accordé tous les 15 ans entre un parent (ou grand-parent) de moins de 80 ans et un enfant (ou petit-enfant) majeur. Cet abattement se cumule avec les 100 000 €.
- 80 724 € entre époux ou partenaires de PACS (en donation, puisque la succession est exonérée).
- 31 865 € entre grands-parents et petits-enfants en donation.
- 15 932 € entre frères et sœurs (en donation ou succession).
- 7 967 € entre neveux et nièces.
Concrètement, un couple peut transmettre 100 000 € × 2 parents = 200 000 € en franchise totale d’impôt à chaque enfant tous les 15 ans, auxquels peuvent s’ajouter les 31 865 € de dons familiaux par parent. Sur deux générations (parents puis grands-parents), les abattements cumulés permettent de transmettre des sommes considérables sans aucun droit.
Le barème des droits de mutation en ligne directe
Au-delà des abattements, les droits de succession ou de donation en ligne directe (parents-enfants) sont calculés selon un barème progressif :
| Tranche après abattement | Taux applicable |
|---|---|
| Jusqu’à 8 072 € | 5 % |
| De 8 072 € à 12 109 € | 10 % |
| De 12 109 € à 15 932 € | 15 % |
| De 15 932 € à 552 324 € | 20 % |
| De 552 324 € à 902 838 € | 30 % |
| De 902 838 € à 1 805 677 € | 40 % |
| Au-delà de 1 805 677 € | 45 % |
La tranche marginale atteint 45 %, soit un niveau de prélèvement qui peut amputer significativement un patrimoine transmis. Sur un héritage de 5 millions d’euros à un enfant unique sans préparation, les droits de succession atteignent près de 2 millions d’euros — autant de capital qui ne se transmet pas. Toute la stratégie d’optimisation consiste à neutraliser ou réduire ces tranches élevées par l’usage combiné des abattements, du démembrement, de l’assurance-vie et des outils dédiés.
Le rappel fiscal des 15 ans
Pour éviter que les contribuables ne fractionnent leurs donations à l’infini, l’administration applique un rappel fiscal de 15 ans : toute donation effectuée moins de 15 ans avant une autre transmission (donation ou succession) est rappelée pour le calcul des abattements et des droits. Cette règle rend l’anticipation cruciale : pour utiliser pleinement les abattements, il faut s’y prendre tôt.
À retenir. Le conjoint et le partenaire de PACS sont exonérés. Pour les enfants, l’abattement principal est de 100 000 € par parent et par enfant, renouvelable tous les 15 ans. Au-delà, le barème progressif grimpe rapidement jusqu’à 45 %. Plus une stratégie est mise en place tôt, plus les abattements peuvent se renouveler et alléger la transmission finale.
Le calendrier optimal : pourquoi anticiper change tout
Anticiper la transmission n’est pas une question d’âge mais de méthode. Compte tenu du rappel fiscal des 15 ans, plus une stratégie est initiée tôt, plus les abattements peuvent être utilisés à plusieurs reprises, et plus les outils à effet long (assurance-vie, démembrement) déploient leur plein potentiel.
Prenons un exemple concret. Un parent de 50 ans souhaitant transmettre à un enfant peut, en utilisant les abattements à 50 ans, puis à nouveau à 65 ans, puis encore à 80 ans, transmettre 300 000 € en franchise totale sur trois générations d’abattements — sans compter les dons familiaux de sommes d’argent. Le même parent qui attendrait son décès à 85 ans n’aura utilisé qu’un seul abattement, et toute la transmission au-delà sera taxée selon le barème progressif.
Cette logique s’applique aussi à l’assurance-vie, où les primes versées avant 70 ans bénéficient d’un abattement de 152 500 € par bénéficiaire, contre seulement 30 500 € (tous bénéficiaires confondus) pour les primes versées après. La différence de traitement fiscal entre un versement à 69 ans et un versement à 71 ans peut représenter des dizaines de milliers d’euros d’économie pour les bénéficiaires.
Les donations de son vivant
La donation est l’instrument fondamental de la transmission anticipée. Plusieurs modalités existent, chacune répondant à un objectif patrimonial spécifique.
La donation simple
La donation simple consiste à donner un bien à un bénéficiaire sans formalité particulière au moment du partage. Elle est généralement effectuée par acte notarié (obligatoire pour les biens immobiliers) ou par don manuel (sommes d’argent, valeurs mobilières). Au moment de la succession, ces donations sont « rapportées » à la succession pour respecter l’égalité entre héritiers, et leur valeur est réévaluée à la date du décès.
La donation-partage
La donation-partage est un outil particulièrement performant pour les familles avec plusieurs enfants. Elle permet de répartir entre les enfants des biens donnés, avec une valorisation figée au jour de la donation. Concrètement, si vous donnez à votre fille une maison valorisée 300 000 € en 2026 et à votre fils des liquidités équivalentes, et que la maison atteint 600 000 € au moment de votre décès, votre fils ne réclamera pas un complément : les valeurs étaient figées. La donation-partage évite ainsi les conflits successoraux liés à l’appréciation différentielle des biens.
Les dons familiaux de sommes d’argent
L’article 790 G du CGI prévoit un abattement spécifique de 31 865 € par donateur et par bénéficiaire pour les dons d’argent. Trois conditions doivent être remplies :
- Le donateur doit avoir moins de 80 ans.
- Le bénéficiaire (enfant, petit-enfant, arrière-petit-enfant, ou à défaut, neveu/nièce) doit être majeur ou émancipé.
- Le don doit être en numéraire (espèces, chèque, virement).
Cet abattement se cumule avec l’abattement classique de 100 000 €, ce qui permet d’optimiser substantiellement les transmissions précoces. Concrètement, un couple peut donner à chaque enfant majeur 263 730 € (200 000 € + 63 730 €) en franchise totale d’impôt, en plus des dons familiaux ultérieurs si l’abattement de 15 ans se reconstitue.
La donation graduelle et la donation résiduelle
Plus rares mais très utiles dans certaines configurations familiales, ces dispositifs permettent de désigner un premier bénéficiaire avec obligation (donation graduelle) ou simple faculté (donation résiduelle) de transmettre à son tour le bien à un second bénéficiaire désigné. Elles s’utilisent typiquement pour protéger un enfant fragile tout en s’assurant que les biens reviendront aux petits-enfants, ou pour gérer une succession en famille recomposée.
Le démembrement de propriété
Le démembrement de propriété est probablement l’outil le plus puissant de l’ingénierie patrimoniale française. Il consiste à diviser le droit de propriété en deux : l’usufruit (droit d’usage et de jouissance, dont la perception des revenus) et la nue-propriété (droit de disposer du bien).
Le mécanisme et la fiscalité
Lorsqu’un parent donne la nue-propriété d’un bien à son enfant en conservant l’usufruit, plusieurs avantages se cumulent. D’abord, la valeur transmise pour le calcul des droits est uniquement celle de la nue-propriété, valorisée selon un barème fixé par l’article 669 du CGI en fonction de l’âge de l’usufruitier :
| Âge de l’usufruitier | Valeur de l’usufruit | Valeur de la nue-propriété |
|---|---|---|
| Jusqu’à 20 ans | 90 % | 10 % |
| De 21 à 30 ans | 80 % | 20 % |
| De 31 à 40 ans | 70 % | 30 % |
| De 41 à 50 ans | 60 % | 40 % |
| De 51 à 60 ans | 50 % | 50 % |
| De 61 à 70 ans | 40 % | 60 % |
| De 71 à 80 ans | 30 % | 70 % |
| De 81 à 90 ans | 20 % | 80 % |
| À partir de 91 ans | 10 % | 90 % |
Si vous donnez à 65 ans la nue-propriété d’un bien d’une valeur de 500 000 €, l’assiette fiscale n’est que de 60 % × 500 000 € = 300 000 €. Avec l’abattement de 100 000 € par parent (200 000 € pour un couple), seuls 100 000 € seront taxés au barème — une économie spectaculaire.
La reconstitution gratuite de la pleine propriété
Au décès de l’usufruitier, la pleine propriété se reconstitue automatiquement et gratuitement sur la tête du nu-propriétaire, sans aucun droit supplémentaire à acquitter (article 1133 du CGI). Le nu-propriétaire récupère ainsi la valeur de l’usufruit sans imposition, ce qui constitue le levier majeur du dispositif.
Les usages stratégiques
Le démembrement s’utilise dans trois contextes principaux : la donation avec réserve d’usufruit (parent qui donne la nue-propriété tout en conservant les revenus et le contrôle), le démembrement temporaire (l’usufruit est donné pour une période fixe, utile par exemple pour favoriser un enfant pendant ses études), et l’acquisition en démembrement (deux personnes achètent ensemble, l’une la nue-propriété, l’autre l’usufruit, typiquement parents et enfants pour un investissement locatif). À l’IFI, l’usufruitier déclare seul la valeur totale du bien démembré ; le nu-propriétaire ne déclare rien — un avantage majeur pour les patrimoines importants.
À retenir. Le démembrement permet de transmettre la nue-propriété en payant des droits sur une fraction seulement de la valeur, puis voir la pleine propriété se reconstituer gratuitement au décès. Plus l’opération est réalisée tôt (donc l’usufruitier jeune), plus la base taxable est faible. Il s’applique aussi bien à un bien immobilier qu’à un portefeuille de parts sociales, un contrat de capitalisation ou un portefeuille titres.
L’assurance-vie : la pierre angulaire de la transmission
L’assurance-vie occupe une place à part dans le droit français : c’est l’enveloppe la plus utilisée par les Français pour la transmission, et elle bénéficie d’un régime fiscal dérogatoire au droit commun des successions. Les capitaux décès versés aux bénéficiaires désignés ne sont pas intégrés à l’actif successoral et bénéficient d’une fiscalité spécifique.
Le régime des primes versées avant 70 ans
Pour les primes versées avant les 70 ans du souscripteur, chaque bénéficiaire désigné dispose d’un abattement de 152 500 €. Au-delà :
- Taxation à 20 % sur la fraction comprise entre 152 500 € et 852 500 € (soit 700 000 € supplémentaires).
- Taxation à 31,25 % au-delà de 852 500 €.
Ces taux restent largement inférieurs au barème successoral classique (qui atteint 45 % en ligne directe), ce qui en fait un outil de premier ordre pour les patrimoines importants. Sur un capital décès de 500 000 € transmis à un enfant unique, l’économie peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros par rapport à une transmission par succession.
Le régime des primes versées après 70 ans
Pour les primes versées après les 70 ans, le régime change radicalement : un abattement unique de 30 500 € est appliqué tous bénéficiaires confondus (et non par bénéficiaire). Au-delà, les capitaux sont soumis aux droits de succession classiques. En revanche, les plus-values générées sur ces primes sont totalement exonérées — un avantage non négligeable si le contrat est conservé longtemps.
La frontière des 70 ans rend essentielle une planification rigoureuse des versements importants. Pour aller plus loin, notre page sur l’assurance-vie luxembourgeoise détaille les avantages additionnels d’un contrat de droit luxembourgeois (triangle de sécurité, super privilège, ouverture aux non-résidents).
La clause bénéficiaire : un instrument à manier avec soin
La clause bénéficiaire détermine qui reçoit les fonds au décès et dans quelles proportions. Une formulation standard couvre la plupart des situations : « mon conjoint, à défaut mes enfants nés ou à naître, vivants ou représentés, à défaut mes héritiers ». Mais certaines configurations méritent une rédaction sur-mesure : famille recomposée, concubin non marié, enfant fragile, donation entre vifs déjà importante.
Le démembrement de la clause bénéficiaire est une stratégie avancée : on désigne par exemple le conjoint comme usufruitier des capitaux décès, et les enfants comme nus-propriétaires. Le conjoint dispose ainsi des sommes (quasi-usufruit), et au second décès, les enfants récupèrent les capitaux décès avec une créance de restitution qui vient diminuer l’actif successoral — un mécanisme particulièrement efficace.
Le pacte Dutreil : transmettre l’entreprise familiale
Pour les chefs d’entreprise, la transmission de la société représente un défi particulier : sans préparation, les droits de succession peuvent imposer aux héritiers de vendre l’entreprise pour les acquitter. Le pacte Dutreil (article 787 B du CGI) répond à cette problématique en accordant un abattement de 75 % sur la valeur des titres transmis, sous réserve d’engagements de conservation.
Le mécanisme
Le pacte Dutreil suppose la conclusion de deux engagements successifs. D’abord, un engagement collectif de conservation, signé entre plusieurs associés représentant au moins 17 % des droits financiers et 34 % des droits de vote pour une société non cotée, d’une durée minimale de 2 ans. Ensuite, à la transmission, chaque héritier doit prendre un engagement individuel de conservation des titres pendant 4 ans supplémentaires, soit 6 ans au total minimum, et l’un d’eux doit exercer une fonction de direction pendant 3 ans à compter de la transmission.
Sur une entreprise familiale valorisée 4 000 000 €, l’abattement de 75 % ramène l’assiette taxable à 1 000 000 € — auquel s’ajoute encore l’abattement de 100 000 € par parent-enfant. L’économie sur les droits de succession peut atteindre plusieurs millions d’euros. Le dispositif est cumulable avec une réduction supplémentaire de 50 % des droits si le donateur a moins de 70 ans au moment de la donation.
Les points d’attention
Le pacte Dutreil est complexe et son maintien requiert une vigilance permanente. Toute cession ou apport de titres pendant la période d’engagement remet en cause l’abattement. La structuration en holding est souvent nécessaire pour combiner Dutreil et stratégies de financement de la transmission. Une mise en œuvre conjointe avec un avocat fiscaliste et un conseiller patrimonial est indispensable. Notre page dédiée aux chefs d’entreprise détaille notre accompagnement spécifique sur ces opérations.
La holding patrimoniale
La création d’une société holding patrimoniale (généralement une SAS ou une SARL à l’IS) constitue un outil structurant pour les transmissions complexes. Elle permet de centraliser les actifs (titres de sociétés opérationnelles, immobilier de rapport, portefeuilles financiers), de bénéficier du régime fiscal favorable des sociétés (taux d’IS à 15 % jusqu’à 42 500 € de bénéfice), et surtout de démembrer des parts sociales plutôt que des actifs individuels.
La donation de la nue-propriété de parts de holding offre plusieurs avantages stratégiques. Le parent conserve, en tant qu’usufruitier, les revenus distribués par la holding ainsi que la majorité des droits de vote sur les décisions courantes — ce qui maintient son contrôle effectif sur le patrimoine. Les enfants nus-propriétaires bénéficient quant à eux de la décote du démembrement et de la reconstitution gratuite de la pleine propriété au décès. C’est typiquement la stratégie déployée pour les entrepreneurs souhaitant transmettre tout en pilotant la phase de transition.
La holding patrimoniale permet également l’intégration fiscale (en présence de filiales détenues à plus de 95 %), la remontée de dividendes en quasi-franchise via le régime mère-fille (5 % de quote-part fiscalisée), et la mise en réserve des bénéfices à l’abri des prélèvements personnels. C’est un outil puissant mais qui suppose une réflexion en amont sur la stratégie patrimoniale globale et les coûts de fonctionnement.
Tableau de synthèse des outils de transmission
| Outil | Mécanisme principal | Plafond / Abattement | Engagement | Cas d’usage privilégié |
|---|---|---|---|---|
| Donation en pleine propriété | Transmission immédiate avec usage des abattements | 100 000 € / parent / enfant tous les 15 ans | Aucun | Transmission anticipée régulière |
| Don familial de somme d’argent | Don en numéraire à un descendant majeur | 31 865 € / donateur / bénéficiaire | Donateur de moins de 80 ans | Aide ponctuelle (achat, études) |
| Donation-partage | Répartition figée entre héritiers | Abattements classiques | Aucun | Familles avec plusieurs enfants |
| Démembrement | Donation de la nue-propriété | Selon âge usufruitier (art. 669 CGI) | Aucun | Patrimoine immobilier ou parts sociales |
| Assurance-vie | Capital décès hors succession | 152 500 € / bénéficiaire avant 70 ans | Aucun | Toute stratégie de transmission |
| Pacte Dutreil | Abattement sur titres d’entreprise | 75 % de la valeur taxable | Engagement 6 ans + direction | Transmission d’entreprise familiale |
| Holding patrimoniale | Centralisation et démembrement de parts | Selon outils combinés | Variable | Patrimoines structurés, dirigeants |
| GFI / GFA | Abattement DMTG sur forêts et vignes | 75 % d’abattement sur DMTG | Engagement conservation | Diversification et transmission |
Ce tableau ne reflète qu’une partie des dispositifs mobilisables. La construction d’une stratégie de transmission efficace passe systématiquement par une analyse personnalisée de la situation familiale, patrimoniale et professionnelle.
Stratégies selon votre situation familiale
Chaque famille a sa configuration. Voici les grandes lignes des stratégies que nous déployons selon les cinq profils les plus fréquemment rencontrés.
Jeune couple sans enfants
L’objectif prioritaire est la protection mutuelle. La donation au dernier vivant (ou donation entre époux), conjuguée à un contrat de mariage adapté (communauté universelle avec clause d’attribution intégrale), permet de transmettre l’intégralité du patrimoine au survivant sans frottement fiscal. L’assurance-vie est ouverte tôt pour faire courir l’antériorité fiscale des 8 ans.
Famille avec enfants en bas âge ou adolescents
La priorité est de protéger le conjoint (donation au dernier vivant), tout en commençant à utiliser les abattements parents-enfants. Les versements en assurance-vie avant 70 ans préparent une transmission optimisée. Les donations par paliers (premiers 100 000 € à l’enfant majeur, puis seconde tranche 15 ans plus tard) commencent à se mettre en place. Si l’un des conjoints décède jeune, l’usufruit du conjoint survivant sur la totalité du patrimoine évite de bloquer les nus-propriétaires enfants jusqu’à leur majorité.
Famille recomposée
La configuration la plus complexe juridiquement. La rédaction des clauses bénéficiaires en assurance-vie devient cruciale pour éviter les conflits entre conjoint actuel et enfants d’une première union. Les donations graduelles ou résiduelles peuvent garantir que les biens reviennent in fine aux enfants biologiques. Une convention en présence de tous les héritiers présomptifs (action en réduction notamment) sécurise les transmissions et limite les contestations. L’ingénierie patrimoniale Evergreen aborde spécifiquement ces situations.
Chef d’entreprise approchant la cession ou la transmission
La stratégie s’articule autour du pacte Dutreil et de la structuration en holding. Idéalement préparée 3 à 5 ans en amont, elle peut combiner donation-partage des titres en démembrement, mise en place du pacte avec engagement collectif anticipé, et réinvestissement du produit de cession via l’apport-cession (article 150-0 B ter du CGI). Pour les dirigeants approchant la cession, notre page Chefs d’entreprise détaille notre méthodologie.
Sénior aisé en phase de transmission active
L’enjeu est de maximiser les transmissions avant 70 ans pour bénéficier du régime favorable de l’assurance-vie, puis de continuer à utiliser les abattements et le démembrement après. Les donations en démembrement (avec réserve d’usufruit) permettent de transmettre des actifs significatifs tout en conservant les revenus. Pour les patrimoines de plusieurs millions d’euros, le couplage avec un contrat de capitalisation luxembourgeois (qui peut être donné en démembrement et conserve son antériorité fiscale) est souvent optimal.
À retenir. Il n’existe pas de stratégie universelle de transmission : chaque famille combine ses outils selon sa configuration, ses objectifs, et son horizon. La meilleure stratégie est celle qui s’inscrit dans le temps et qui a été pensée en amont. La pire est l’absence de stratégie.
Foire aux questions
À partir de quel âge faut-il commencer à organiser sa transmission ?
Il n’y a pas d’âge minimum, mais plusieurs jalons importants : la majorité des enfants permet d’utiliser les abattements, les 50 ans marquent souvent le début d’une réflexion patrimoniale active, et la barrière des 70 ans est cruciale pour l’assurance-vie. Dans tous les cas, plus l’anticipation est précoce, plus les outils déploient leur potentiel grâce au rappel fiscal des 15 ans.
Peut-on déshériter un enfant en France ?
Non, le droit français protège les enfants par le mécanisme de la réserve héréditaire. Un enfant unique a droit à la moitié du patrimoine, deux enfants à deux tiers, trois ou plus à trois quarts. La fraction restante est la « quotité disponible » que le défunt peut transmettre librement (à son conjoint, à un tiers, à une fondation, etc.). Cette protection peut être contournée par une renonciation anticipée à l’action en réduction signée par les héritiers, mais elle reste très encadrée.
Quels sont les frais pour une donation chez le notaire ?
Les émoluments notariaux pour une donation sont proportionnels à la valeur du bien transmis et dégressifs par tranches. Pour une donation immobilière, ils représentent généralement 1 à 2 % de la valeur du bien, auxquels s’ajoutent les éventuels droits de mutation (après abattements). La donation entre vifs par acte sous seing privé (don manuel) n’engage que des frais de déclaration, mais reste limitée aux biens mobiliers.
L’assurance-vie échappe-t-elle vraiment aux droits de succession ?
Oui pour les capitaux décès, qui sont versés directement aux bénéficiaires désignés hors succession. Ils relèvent d’un régime spécifique (article 990 I et 757 B du CGI). Toutefois, deux exceptions existent : les primes manifestement exagérées au regard du patrimoine peuvent être réintégrées par les juges, et les primes versées après 70 ans au-delà de l’abattement de 30 500 € sont soumises aux droits de succession classiques.
Faut-il privilégier la donation ou attendre la succession ?
La donation présente trois avantages majeurs : utilisation immédiate des abattements (qui se renouvellent ensuite), figement de la valeur taxable au jour de l’acte (avantage majeur sur des actifs en croissance), et possibilité de réduction supplémentaire de 50 % des droits en cas de transmission d’entreprise avant 70 ans. Attendre la succession ne se justifie que si l’on souhaite conserver l’entière maîtrise de son patrimoine, ou si les besoins de revenus rendent toute donation prématurée.
Le pacte Dutreil concerne-t-il toutes les entreprises ?
Il s’applique aux titres de sociétés exerçant une activité industrielle, commerciale, artisanale, agricole ou libérale. Les sociétés purement patrimoniales (gestion de portefeuilles, location nue d’immeubles) en sont exclues. Une société holding peut bénéficier du pacte si elle est animatrice de son groupe, c’est-à-dire si elle participe activement à la conduite de la politique des filiales — un critère à sécuriser par une documentation rigoureuse.
Comment articuler transmission et défiscalisation ?
Plusieurs dispositifs combinent les deux dimensions. Le GFI offre une réduction d’impôt à l’entrée + une exonération IFI + un abattement de 75 % sur les DMTG. L’assurance-vie bénéficie d’une fiscalité favorable à la sortie et hors succession. La nue-propriété de SCPI permet d’éviter l’IFI pendant la durée du démembrement tout en préparant la transmission. Pour une vision intégrée, consultez notre guide de la défiscalisation 2026.
L’accompagnement Evergreen Patrimoine
Une stratégie de transmission efficace est un travail de longue haleine, qui suppose une collaboration étroite entre votre conseiller patrimonial, votre notaire et, le cas échéant, votre avocat fiscaliste. Chez Evergreen Patrimoine, notre méthodologie repose sur quatre étapes :
- Audit patrimonial et familial. Bilan complet de votre patrimoine actuel, de votre situation familiale (régime matrimonial, enfants, donations antérieures), et projection sur 15 à 30 ans avec différents scénarios.
- Formalisation des objectifs. Protection du conjoint, équité entre enfants, transmission de l’entreprise, soutien à un proche fragile : ces objectifs orientent la sélection des outils.
- Construction de la stratégie. Combinaison optimale des dispositifs (abattements, démembrement, assurance-vie, pacte Dutreil, holding) avec un calendrier d’exécution sur plusieurs années.
- Mise en œuvre et suivi. Coordination avec votre notaire pour les actes, suivi régulier des seuils (15 ans, 70 ans), ajustements en cas d’évolution familiale (naissance, séparation, décès) ou législative.
Pour préparer la transmission de votre patrimoine, prenez rendez-vous avec un conseiller Evergreen Patrimoine.
Les informations présentées dans ce guide sont fournies à titre informatif et reflètent la réglementation en vigueur à la date de rédaction. Elles ne constituent pas un conseil personnalisé. La transmission de patrimoine fait intervenir de multiples règles (civiles, fiscales, matrimoniales) qui doivent être analysées au cas par cas. Pour une stratégie personnalisée, consultez votre conseiller Evergreen Patrimoine. Source officielle : service-public.fr — Succession et donation.



